Lettre ouverte à la direction de la SNCB et au Ministre

07.04.2026

Madame, Monsieur les membres de la direction,
Monsieur le Ministre,

 

Par la présente, nous souhaitons vous faire part de nos préoccupations concernant les évolutions récentes au sein des ateliers de traction.

Le calendrier de la communication interpelle. Peu après la présentation du programme de bien-être Be Well, de nouveaux régimes de travail ont également été proposés. Cela soulève des questions quant à la manière dont ces deux démarches s’articulent entre elles.

D’une part, l’accent est clairement mis sur le bien-être, avec une attention portée à la confiance, à un travail soutenable, à la collaboration et au développement personnel. Cette approche est accueillie positivement sur le terrain.

D’autre part, des propositions sont sur la table qui, selon de nombreux collègues, entraînent justement davantage de flexibilité, davantage de shifts variables, moins de prévisibilité et potentiellement une charge de travail plus élevée. Cela semble difficilement conciliable avec les objectifs liés à un travail soutenable.

C’est pourquoi nous posons quelques questions fondamentales :
Comment les régimes de travail proposés s’inscrivent-ils dans le principe d’un travail soutenable ?
Laquelle des 21 actions prioritaires a un impact direct sur la réduction de la charge de travail ?
Comment est-il garanti que le bien-être s’améliorera effectivement et ne sera pas davantage mis sous pression ?
Et de quelle manière le terrain est-il associé à ces décisions ?

Nous comprenons l’objectif visant à améliorer le fonctionnement et à accroître la disponibilité du matériel. La volonté d’y contribuer est bien présente.

Mais la réalité sur le terrain est déjà, aujourd’hui, exigeante. De nombreux collègues subissent une forte charge de travail, il existe des problèmes structurels liés au matériel, de longs délais d’attente pour les pièces détachées, ainsi qu’une marge de manœuvre limitée dans la planification et l’exécution.

Dans ce contexte, des propositions axées principalement sur davantage de flexibilité et des shifts variables suscitent une inquiétude supplémentaire.

Nous nous interrogeons donc sur l’approche choisie.
Sur la base de quelles données objectives est-il établi que le fonctionnement actuel n’est plus tenable ?
Dans quelle mesure ces chiffres reflètent-ils la réalité du terrain ?
Et pourquoi la flexibilité est-elle présentée comme solution centrale, alors que d’autres facteurs, tels que la logistique, les moyens et la fiabilité du matériel, jouent également un rôle majeur ?

Le risque existe que des problèmes structurels soient traités par des mesures qui pèsent avant tout sur le personnel. La flexibilité ne rend pas le matériel défectueux plus fiable, les shifts variables ne résolvent pas les pénuries, et une pression supplémentaire sur les personnes n’accélère pas des processus qui dépendent des moyens disponibles.

Au contraire, cela peut conduire à davantage de fatigue, davantage d’erreurs, davantage d’absences, et finalement à une diminution de la qualité du travail.

Outre l’impact opérationnel, il y a aussi un aspect humain important. Pour beaucoup de collègues, ces propositions signifient moins de prévisibilité, davantage de pression sur la vie familiale et un sentiment d’incertitude accru. Cela a une influence directe sur la motivation, l’engagement et la capacité à travailler durablement.

Les signaux que nous partageons ici ne sont pas des opinions individuelles, mais reviennent chez des collaborateurs de différents sites et dans différentes fonctions. Il s’agit d’un ressenti largement partagé sur le terrain.

Sur le terrain, un message clair se fait entendre de plus en plus souvent :
« si l’on travaille comme dans le privé, alors qu’on soit aussi payé comme dans le privé ».

Cela renvoie au sentiment grandissant que la flexibilité et l’engagement demandés ne sont plus proportionnels à la rémunération actuelle et aux conditions de travail.

De nombreux travailleurs ont le sentiment qu’on leur demande toujours davantage, sans contrepartie suffisante. Pour un nombre croissant de collègues, cela ne ressemble plus à une relation équilibrée.

Pour beaucoup, la limite est atteinte.

C’est pourquoi nous demandons avec insistance qu’avant toute nouvelle modification profonde, des négociations sérieuses et structurelles soient d’abord menées sur une rémunération correcte, des conditions de travail équilibrées et un travail durablement soutenable.

Nous ne sommes pas opposés au changement. Bien au contraire. L’ambition de s’améliorer et la volonté de réfléchir ensemble existent bel et bien.

Mais une solution ne peut réussir que si elle est portée par les personnes qui doivent la concrétiser au quotidien.

Il est temps de rétablir l’équilibre entre ce qui est demandé et ce qui est donné. C’est à cette seule condition que la confiance pourra renaître et qu’un avenir soutenu par tous pourra être construit.

Nous comptons sur un dialogue ouvert, honnête et constructif.

Avec nos salutations collégiales,
Des travailleurs préoccupés des ateliers de traction